Hank : Tu le peins, tu le dessines, tu l'écris... Les gens le lisent et ils le revivent. C'est ton seul contact avec eux. Re-écrire, c'est mentir, trahir ta propre pensée. Or, repenser... Le flot, le rythme, le jaillissement des mots, c'est trahir. Et ça c'est un péché, Martin. Un péché !
Martin : Je n'accepte pas cette interprétation catholique de mon besoin compulsif de re-écrire chaque mot au moins cent fois. La clé, c'est la culpabilité, pas le péché ! Coupable de ne pas écrire mieux, de ne pas étudier chaque donnée sous tous les angles et tout mettre en balance.
Hank : Et la culpabilité de censurer ta pensée ? Tes pensées primordiales les plus honnêtes ! C'est ce que tu fais en t'escrimant à re-écrire.
Martin (s'adressant à William, silencieux depuis le début de la conversation) : Re-écrire, c'est censurer, William ? Si oui, alors je suis foutu.
William : Faut exterminer toute pensée rationnelle, voilà ma conclusion.
David Cronenberg, Le Festin Nu (1992)
En admettant que vous en ayez quelque chose à foutre, qu'en pensez-vous ?